DIAGONALE BREST - PERPIGNAN

Récit de Christophe TERRIEN   

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Une première, chaude, chaude, (trop) chaude !

 

Pour cette première diagonale, le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai été gâté côté température, le thermomètre n’ait jamais descendu au dessous de 20-25°, même au plus profond de la nuit.

Il n’en reste pas moins un vrai bonheur à la vivre et beaucoup d’expérience accumulée pour la prochaine, car si une chose est certaine, c’est que le virus est pris !

 

J1 : BREST – NANTES : Voyage au bout de l’Insolation

·        305,3 kms, D+ : 3369 m

 

4h17, Commissariat de Brest, un tampon et voilà, je suis un diagonaliste,  ou plutôt un prétendant car je n’ai pas oublié la première des règles : ne devient diagonaliste que celui qui atteint l’arrivée ! Il va donc falloir que je pédale. La journée s’annonce chaude, malgré une température matinale clémente (et la suite confirmera que je ne serai pas déçu de ce côté là).

Le départ se fait avec une petite pensée pour mes condisciples aquitains (particulièrement de l’US Andernos et du RAA) partis la veille pour le BRM1000 du Haillan vers la presqu’ile de

 Guérande et retour, BRM qui aurait du être l’épreuve longue distance de cette année pour moi, le Covid en ayant décidé autrement.

 

20ième kms, Landerneau et premier contre-temps                    

habituel  du diagonaliste en herbe, une erreur

d’aiguillage et j’en suis quitte pour

5 kms supplémentaires. Le lever du jour

sur Roch Trevezel était attendu et la montée régulière

s’effectue sans difficulté, avec un moral au plus haut

devant les paysages de ces landes des monts d’Arrée.

 

 

 

A partir de Houelgouat et jusqu’à Pontivy, je quitte la route principale pour m’enfoncer dans des routes de traverse qui se révèlent un excellent choix au regard de la beauté des paysages et de leur tranquillité en termes de circulation, à peine un tracteur vient-il ponctuellement troubler la quiétude du matin. Le ciel reste voilé, la météo parfaite. C’est ainsi que j’arrive sur Pontivy, à la moitié de cette étape, sans souci ni difficulté particulière malgré le dénivelé important mais plaisant pour la pause déjeuner, l’occasion de quelques échanges sur le groupe Whats App constitué avec quelques amis pour donner de mes nouvelles. Celui-ci se révèlera tout au long de ces 4 jours, être un soutien permanent au travers des messages d’encouragement, des dédicaces musicales. Je tiens particulièrement à remercier Sophie et Nicolas toujours présents, et ce dès le départ nocturne (ce qui me fait m’interroger sur leur temps de sommeil !).


Le soleil a profité de ma pause pour s’installer durablement dans le ciel et chasser tous les nuages qui n’avaient rien d’oiseaux de mauvais augure. Le départ de l’Après midi vers Gosselin est ainsi effectué sous une chaleur étouffante qui n’annonce rien de bon pour la suite. Je décide donc d’adapter mon allure et surtout d’augmenter le nombre et la durée de mes pauses « fraicheur », à la fois pour m’approvisionner en eau fraiche avec glaçons auprès des bars conciliants et permettre à la température du corps de régulièrement redescendre un peu en température.

 

 

Le passage sur Gosselin reste une vraie découverte et me donne l’envie de revenir un autre jour pour visiter plus durablement la ville et cette région de la vallée de l’Oust.

 

 

Les passages plats et ombragés du Canal Brest-Nantes, portion armoricaine de la vélodyssée, me permettent d’arriver sur Redon dans les temps de ma feuille de route (18h), encore 70 kms avant un repos bien mérité. Le physique est toutefois bien entamé au bout de ces 240 premiers kms du fait de la chaleur, qui reste étouffante même sur la terrasse ombragée et ventilée du bar qui m’accueille pour un « Monaco », entorse énergétique et souvenir de jeunesse pour remobiliser les troupes (la tête et les jambes).

Ceux-ci vont être conformes à l’attendu (difficiles) même si les quelques degrés gagnés associés à la descente de la course du soleil feraient presque passer comme agréables une température encore au delà des 35°C à cette heure avancée.

Nantes est en vue quand je sens que l’insolation est là. Un mal de crâne me submerge et j’ai le plus grand mal à continuer. J’avance ainsi sans énergie en effectuant plusieurs arrêts dans les derniers kms, avec la crainte d’un malaise plus grave. Vers 21h30, j’arrive quand même au bout des 315 kms de cette journée, vidé.

Le moral est dans les chaussettes avec un physique entamé par les conditions de cette journée auxquelles je n’étais pas préparé, état confirmé pendant le diner où je suis incapable d’avaler le moindre aliment. Je décide donc d’aller me reposer quelques heures en espérant que celles-ci seront suffisantes pour me remettre d’aplomb et que la chaleur sera moins présente le lendemain. L’abandon, par prudence, me traverse l’esprit sans pour autant que je sois en mesure de l’accepter.


J2 : NANTES – CLERAC : Vivement les bosses !

·        285 kms, D+ : 1884 m

 

4h30, ça y est, je suis reparti. Il est surprenant de voir l’effet d’un repos de quelques heures sur un organisme. Ce matin, l’appétit est revenu et m’a permis d’avaler ma plâtrée de pâtes à peine regardée la veille. Au programme du jour pour débuter, la traversée de la Vendée et du marais Poitevin, partie Charente Maritime. Il fait nuit mais je roule déjà en « petite » tenue estivale, 25° pour ce démarrage matinal. Ca promet pour la journée et cela reste mon inquiétude majeure. L’objectif reste de rouler au maximum avant midi, avant d’affronter et gérer le solde de kms suivant le ressenti, en essayant de rester à l’écoute de mes sensations pour éviter un nouveau malaise.

A ce titre, je suis ravi d’avoir engager la diagonale en solo. Au delà des avantages et intérêts du format, j’ai ainsi pu progresser par instant avec comme seule logique mon ressenti du moment, avec des arrêts répétés en fonction de mes besoins de récupération physique et thermique.

Le rythme du matin reste modeste (le malaise de la veille, inconsciemment, me laisse sur la réserve), ralenti de plus par une crevaison qui restera l’un des deux incidents mécaniques mineure de la diagonale, plutôt calme sur ce front.

La morne et plate portion Luçon-Marans-Surgères, en plein soleil, vent de ¾ face, sans abri autre que celui des files de voitures engagées dans ce samedi de chassé- croisé des vacances, restera pour moi probablement le moment le plus difficile de cette diagonale. J’arrive ainsi à Surgères, dans une cité écrasée de chaleur, pour la pause déjeuner, avec plus d’une heure ½ de retard sur ma feuille de route, avec devant moi 130 kms à parcourir et des doutes sur mes capacités à y parvenir.

Une bonne nouvelle extérieure arrive toutefois pour me remonter le moral, avec la parution du classement des concours des grandes écoles qui laisse présager à Thomas mon fils, une intégration dans l’école de son choix (présage confirmé depuis).

 

 

 

La réalité de l’instant présent n’étant pas forcément celle de l’instant d’après, à ma grande surprise, je retrouve le moral et les jambes au passage dans le Saintonge avec le retour des bosses et de paysages plus inspirants. Je m’autorise même une côte digne des classiques flandriennes pour rejoindre le centre historique du château de Pons

 

 

 

 

 

 

La fin de la journée dans la campagne du Sud Charente est très agréable, routes de traverse, vallons et bosses sont enchaînés sans difficulté majeure pour un repos bien mérité. Côté physique, le moral est revenu, le repas du soir est avalé avec un plaisir non dissimulé contrairement à celui de la veille, seule ombre au tableau, une brûlure sur la fesse droite qui commence à me faire souffrir.


J3 : CLERAC – TOULOUSE : RV manqué avec un sariste

·        273,4 kms, D+ : 1543 m

 

4h00, Départ avancé de 2 heures par rapport à ma feuille de route. Les précisions météos s’annoncent très chaudes et ma stratégie reste la même, profiter au maximum des heures « fraiches » de la matinée pour progresser.

 

Depuis le départ, Cécile ma femme me dit que si je ne me sens pas bien, je peux mettre le clignotant à droite au passage sur l’Entre deux mers Bordelais, terrain de jeu de plusieurs de mes entrainements longue distance, et passage le plus proche de la douceur du foyer. Heureusement le moral est au beau fixe sur ce début de journée et à aucun moment l’idée ne me traverse l’esprit.

Les coteaux du sud Charente, du St Emilion et de l’entre deux mers qui se dessinent avec l’éclairage bienveillant de la lune et des premiers rayons du soleil sont autant de défis pour mes jambes (mention spécial à l’enchaînement « Ruch- Mauriac ») mais aussi de plaisir pour l’esprit et la vue.

La Réole marque la fin des toboggans et l’arrivée sur la vallée de la Garonne, itinéraire que j’ai choisi dès le départ comme fil conducteur de ma descente vers Toulouse, pour respecter les conseils des vieux diagonalistes : « ne jamais chercher la difficulté sur une première diagonale, qui reste en soi une difficulté quel que soit le profil ».

 

La route tranquille, sans circulation, qui serpente de La Réole jusqu’à Damazan autour du Canal latéral est un agréable moment. Nous sommes dimanche et les cyclistes sont bien entendus plus nombreux pour leur sortie dominicale. J’en profite même pour

« prendre les roues » d’un groupe sur 15 kms, en espérant ne pas le payer plus tard.

La méconnaissance de l’état du chemin de halage du canal entre Damazan et Agen qui me fait prendre la route principale (a posteriori à regret au regard de la densité de circulation), ainsi que le départ matinal avancé me font rater un RV non prévu avec mon premier sariste : Serge Polloni. Lorsque que nous réussissons à nous joindre par téléphone, il est remonté d’Agen à Damazan par le canal et moi dans l’autre sens par la route, je viens d’arriver sur Agen. Il ne me tient pas trop rigueur de ce lapin et nous restons un bon quart d’heure au téléphone. En espérant pouvoir te rencontrer une autre fois, Serge, tu sembles avoir mille choses à raconter. C’est donc à regret que je continue seul alors que je souhaitais tellement rencontrer un sariste en chair et en os, pour moi forme humaine des auteurs des longs récits de diagonale lus et relus sur les blogs et site et qui ont nourri mon envie d’en faire partie. Ce sera pour une prochaine fois.


Sur son conseil, je décide de descendre sur Toulouse en suivant le canal pour profiter de la fraicheur relative de l’eau et des platanes. La route est en effet devenue un four qui rayonne sans interruption ni compassion pour les quelques homo velocypédus qui ose s’y confronter.

Le conseil s’avère excellent, malgré une nécessité toujours bien réelle de pauses fraicheur répétées quasi à l’infini entre Agen et Toulouse.

 

L’arrivée par le canal me permet également d’éviter toute l’approche urbano- économique pas toujours très heureuse des entrées de nos métropoles et c’est avec joie après une journée en global très positive et plaisante que j’arrive à mon hôtel.

 

La diagonale paraît gagnée (moins de 220 kms à parcourir), si ce n’est que mon hématome fessier s’est aggravé et associé dorénavant à l’apparition de douleurs cervicales, probablement liées à une situation prolongée en position couchée pour justement soulager mon arrière-train sur la journée. Il va falloir trouver autre chose pour demain.

 

J4 : TOULOUSE-PERPIGNAN : Au bonheur du cyclotouriste

·        218,5 kms, D+ : 1990 m

 

02h50, la journée appartient à ceux qui se lèvent tôt. Pas de canal pour me protéger de la chaleur Catalane et les soucis physiques ressentis la veille au soir motivent ma recherche de marges horaires, il serait trop bête de ne pas valider la diagonale pour un délai dépassé de quelques minutes.

 

La journée s’annonce de plus difficile avec les petits cols des corbières choisis pour leur tranquillité en regard de la route toute en descente via Lavelanet (pour laquelle tous les locaux rencontrés depuis Mirepoix s’interrogeront sur ma volonté de l’éviter. Ils auront d’ailleurs « ma peau » sur la fin de l’étape (voir ci- après).

 

Pour soulager mes douleurs, je décide, tout en étant dubitatif, de partir avec deux cuissards portés l’un sur l’autre. Cette idée (entendu dans la bouche d’un PBP 2019) s’avère en final dans mon cas un excellent remède de circonstance, il atténue grandement la douleur fessière et m’autorise à remonter ma position et soulager mes cervicales, merci Rolland !

 

La première partie jusqu’à Mirepoix s’effectue sous la menace (et rencontre) avec des orages qui ont l’avantage de rafraîchir l’atmosphère. Je ne leur tiens pas rigueur de m’obliger à tester ma veste de pluie toute neuve et qui s’avère à ma grande joie efficace.

 

Les premières lueurs du jour sur les vallons Ariègeois, superbes, rendent plus que jamais ma situation enviable et je savoure ces moments, bien conscient que ce soir, il me faudra revenir à un mode de vie plus habituel d’homo sapiens.

 

              

La fin de matinée se poursuit dans un décor paisible et idéal pour le cyclotouriste que je suis. Le premier « col » m’emmène jusqu’à la haute vallée de l’Aude dont la descente jusqu’à Couiza s’effectue tranquillement au détour des arrêts photos.


Seul aléa, une erreur d’orientation qui me fait monter à pied par un chemin escarpé (20%) sur 500 m, pour n’avoir d’autre solution en final que de redescendre ! La vue est belle, il m’en faudrait plus pour perdre le moral.

 

Je m’autorise même, une fois n’est pas coutume, pour fêter le km1000 et le plaisir d’être là, une pause déjeuner au restaurant, je sais que le temps qui me reste pour boucler la diagonale est largement suffisant et compatible d’un ennui mécanique.

 


   Le col de Linas , gros morceau de la journée, est autant dévoré que savouré, cela mérite bien une petite pause photo, même si l’altitude reste j’en conviens bien modeste.

 

       

 

Côté touristique, j’ai en descendant la divine surprise de découvrir les gorges de Galamus, n ième site photogénique de cette journée vraiment réussie.

 

 

A St Paul de Fenouillet, il ne me reste plus qu’environ 40 kms. Entre remonter encore une fois via le col de la Bataille avant de plonger vers Perpignan ou descendre par l’ennuyeuse départementale qui rejoint directement la capitale catalane, je me laisse convaincre de descendre directement, avec une hâte d’arriver liée aussi encore et toujours à cette chaleur prégnante qui use l’organisme. Je me promets donc de revenir pour découvrir tous ces petits cols préservés des touristes et des voitures une autre fois.

 

Ces interrogations me font oublier de poster ma carte arrivée, que je ne découvrirais que le lendemain dans le train et que je posterai, dépité, à Agen lors de mon changement. Que le délégué Fédéral ne m’en tienne pas rigueur, j’ose à penser que c’est une erreur de jeunesse que tout néo diagonaliste a faite au moins une fois.

 

Le panneau Perpignan arrive enfin. Le permanent du commissariat pose le précieux sésame et en profite pour discuter 10 minutes et venir voir mon fidèle destrier.

 

Voilà, une première qui se termine finalement bien, avec une petite pointe de nostalgie déjà, qui ne me donne qu’une envie : recommencer !!